Honteux et pourtant tellement beau

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L’ASPTT Mulhouse a rendu les armes, mardi soir au gymnase Maillan, face à un très beau Cannet, à l’issue d’un combat somptueux où aucune équipe ne méritait de perdre. Les scores des cinq sets en témoignent (29-27, 15-25, 28-30, 25-23, 15-13). En revanche, les moyens employés pour contribuer au succès local, sont plus que discutables et pour le moins préjudiciables à l’image du volley fémininfrançais.

ASPTT Mulhouse, club de volley-ball

Mardi soir au Cannet, on a eu droit à un vilain flash-back que les moins de 40 ans ne peuvent connaître si ce n’est au travers des légendes de la Coupe du monde de football. Il s’agissait alors, en juin 1982,d’un match France-Koweit que les Platini, Giresse et autres Genghini ont remporté à Valladolid après s’être fait voler la vedette par un certain Cheikh Fahad al-Ahmed… Ce dernier, frère de l’émir du Koweit était intervenu auprès de l’arbitre russe Myroslav Stupar pour faire annuler un but parfaitement valable et initialement accordé. Il avait alors été question d’un arbitrage diplomatique. Mardi soir au Cannet, on a eu l’horrible sentiment de revivre la même chose quand, sur la balle de set de la 3e manche, un block de Léandra Olinga Andela sur la Serbe Maja Aleksic offrait le gain du set à Mulhouse. Après contestation du Cannet, pour une faute au filet, et consultation du videochallenge, l’arbitre validait le point mulhousien qui suscitait la colère du propriétaire du Volero Le Cannet. Ce dernier, StavJacobi, richissime russe d’origine, naturalisé suisse et désormais résidant monégasque, assisté du kinécannettan, vociférait derrière la table de marque pour inviter l’arbitre à descendre de sa chaise qui déjugeaitalors le second référé et revenait sur sa décision en contradiction totale avec les règles d’arbitrage. Et, pour couronner le tout, le même arbitre venait derefuser à François Salvagni, au 1er set, un retour sur image sur une action litigieuse en le sanctionnant de surcroit d’un carton jaune pour retard de jeu. Or, dans cette manche initiale, l’ASPTTM a obtenu sa première balle de set à 24-22 avant de perdre 27-29. Nul ne saura jamais si cette balle était bonne mais elle aurait pu être décisive et changer le bénéficiairede la manche initiale. Quant on sait que les Mulhousiennes ont gagné les deux manches suivantes (25-15 et 30-28) on peut comprendre la frustration de l’ASPTTM qui ne se limite pas à ces seuls faits de jeu.

Le Cannet a une très belle équipe et son énorme potentiel, avec le concours de la Cubaine HeidyCasanova, rapatriée du club ukrainien PrometeyDnipro au Cannet au début de la guerre, avec un statut de joker médical, devrait suffire. Pourtant, le Volero use et abuse de tous les procédés pour parvenir à ses fins. Il est ainsi le seul club français à profiter d’un règlement modifié dans l’urgence, sur fond de crise sanitaire, pour éviter des reports de match dus au Covid et qui concerne l’annulation de l’obligation des clubs à évoluer avec une joueuse française sur le terrain. A deux ans des Jeux Olympiques en France, que le premier prétendant au titre de champion de France, mette ses trois internationales françaises au placard, est une insulte à l’équipe de France et à la politique fédérale. Difficile d’imaginer que la LNV ait été à ce point naïve pour ignorer ce détail et cautionner ce choix. Si on rajoute un vidéo-challenge comme par hasard en panne dans le dernier set du premier match, au moment un point flagrant est volé aux Mulhousiennes, qui avaient là l’occasion d’inverser le score (27-25), il faut bien admettre que le sentiment de trahison éprouvé par les coéquipières de Léandra OlingaAndela est légitime.

La prestation des Alsaciennes n’en est que plus valeureuse dans ce 2e match et à la hauteur de la performance du Cannet dont le premier mérite a été de sauver trois balles de set dans la manche initiale (24-22, 24-23, 27-26) avant de conclure grâce aux prouesses d’Eva Yaneva (27-27), de SherridanAtkinson (28-27) et de Maja Aleksic (29-27). Nullement abattue, l’ASPTTM réussissait alors une 2e manche de grande classe sous l’impulsion de Yossiana Pressley (86 % de réussite offensive, 6/7 en attaque), bien secondée par Kimberly Drewniok(7/10 en attaque), pour surclasser Le Cannet (4-6, 7-14, 10-18, 15-25).

Au 3e set, Le Cannet s’appuyait sur le bras de HeidyCasanova (9/14 en attaque) pour maîtriser les débats (23-21) mais sans empêcher l’ASPTTM d’obtenir quatre balles de set (23-24, 24-25, 25-26, 26-27) avec une Amanda Conéo en état de grâce. La 5e balle de set obtenue sur un block de Yossiana Pressley et conclue en attaque par la même Américaine suffisait au bonheur mulhousien (28-30).

Eprouvée physiquement et blessée au dos, YossianaPressley cédait sa place à Anna Haak (9-3) au sein d’une ASPTTM submergée par la vague locale (12-4). Avec 7 contres gagnants à suivre, dont deux doublés de Léandra Olinga Andela et Pia Kästner, et une défense héroïque où Manon Jaegy et Léa Soldnerexcellaient, les Mulhousiennes revenaient aux affaires (19-12, 21-20, 22-21, 23-22) avant d’échouer sur le fil (25-23). Exception faite pour trois égalités (2-2, 4-4, 5-5), Le Cannet a constamment mené le tie-break où Silke Van Avermaet et Amanda Coneo ont comblé l’écart avant de tomber avec les honneurs (10-9, 12-11, 15-13).

Menées deux manches à rien, les Mulhousiennes sont désormais contraintes de s’imposer ce samedi à 20h au Palais des sports Gilbert Buttazzoni pour espérer retarder l’échéance et obtenir un sursis jusqu’au lundi 9 mai. En attendant, le président Daniel Braun est déterminé à poser des réclamations pour les faits déplorables enregistrés au Cannet… Affaire à suivre !

Article signé Christian Entz au Cannet

LE CANNET : 3
ASPTT MULHOUSE : 2
Les sets :  29-27 (40′), 15-25 (27′), 28-30 (49′), 25-23 (36′), 15-13 (17′). Temps total de jeu : 2h49 Arbitrage de MM. S. Bouacheria et M. Guevenoux. 770 spectateurs. Salle Maillan.
Le Cannet : 77 attaques gagnantes sur 185 (42 %). Casanova (24/48), Mlejnkova (17/46),  Yaneva(10/40),  Polder (10/17), Aleksic (10/19), Atkinson (5/14), Fortuna (1/1). 3 services gagnants (Casanova 2, Polder 1). 12  blocks (Aleksic 5, Polder 3, Yaneva2, Casanova 1, Atkinson 1). 27 fautes directes dont 12 au service. Six de base : Carraro (puis Stojiljovic), Mlejnkova, Yaneva (puis Fortuna), Casanova Alvarez (puis Atkinson), Polder, Aleksic(puis Palgutova). Libéro : Parlangeli. Entraîneur : L. Micelli.
ASPTTM : 70 attaques gagnantes sur 153 (46 %). Pressley (23/31), Coneo (19/51), Drewniok (14/35), Van Avermaet (9/19),  Haak (2/8), Olinga Andela(2/8), Kästner (1/2). 5 services gagnants (Pressley 2, Coneo 1, Kästner 1, Olinga Andela 1). 14 blocks (Van Avermaet 4, Olinga Andela 3, Pressley 2, Coneo2, Kästner 2, Haak 1). 18 fautes directes dont 10 au service. Six de base : Kästner (puis Viggars), Coneo, Pressley (puis Jaegy), Drewniok (puis Haak), Van Avermaet, Olinga Andela. Libéro : Soldner. Entraîneur : F. Salvagni.